La Fille De La Vampire Baker Lafayette (extrait)
Extrait de mon prochain livre (oui je sais le titre est déjà une histoire ☺).
I.
OJAL
Le père de famille
conduisait son minicar tantôt en grognant, comme à son habitude, tantôt en
criant par la fenêtre et saluant de la main les habitants du village qu’il
croisait.
C’était
évident que sa salopette lui serrait le ventre ; Jean était gros, très
brun avec des joues bien roses et bien rondes. Gros fumeur de cigare et sans
cesse à mastiquer son tabac à chiquer, il toussait beaucoup ; gros buveur
de vin, son nez était souvent de la même couleur que ses joues. Ses bottes
faisaient des bruits de couinement et de grincement au rythme de ses gestes
nerveux et colériques. Le véhicule dans lequel toute la famille s’était
entassée tanguait, bien qu’étant de dernier cri et d’une marque que tous les
hommes du village enviaient, cela était dû aux chemins en creux et crevasses,
aux nombreuses pierres, et aux bâtons s’y trouvant. Personne ici ne roulait
jamais droit.
Toute
la famille portait une salopette verte imperméable, une chemise à carreaux et
des bottes.
De
temps en temps, Jean jetait des coups d’œil dans le rétroviseur, jaugeant ses
enfants, et grognant quand son regard croisait celui des jumeaux. Il les
trouvait trop joyeux aujourd’hui. Jean-Benoît et Jean-Pierre avaient 21 ans,
bien qu’étant jumeaux ils ne se ressemblaient pas ; Jean-Benoît, était
grand et dodu comme son père, et Jean-Pierre était grand et maigre comme sa
mère. Tous deux très bruns, avec des petits yeux sombres et malicieux, toujours
liés pour faire les 400 coups ensemble. Et le sourire taquin qu’ils affichaient
depuis le lever présageait une autre embrouille à venir. « Ma main à
couper » marmonna bruyamment Jean le père, jouant du volant avec une
attitude de défiance alors que son regard se portait devant et sur le
rétroviseur tour à tour.
« Ben
pourquoi que tu dis ça ? » Questionna sa femme de sa voix trainante,
menue, les cheveux tirés en chignon, le teint blême comme à son habitude,
donnant l’impression d’être à deux doigts de perdre connaissance.
« T’occupe ! »
rétorqua son mari. « Tiens, essaye plutôt de savoir pourquoi elle boude
celle-là encore ! » bougonna-t-il faisant un geste du menton vers le
rétroviseur désignant la cadette de la famille, assise tout à l’arrière sur les
genoux de sa grande sœur Marie, 14 ans. Marie qui s’empressa de détourner le
regard, bien qu’elle sût que son père ne parlait pas d’elle. Elle baissa sa
tête blonde, portant son regard sur le genou de sa sœur qu’elle tapotait de
temps en temps comme pour la bercer, blottie contre elle, dont elle entendait
les petits reniflements : Joséphine.
Ce
jour-là c’était l’anniversaire de Joséphine.
Tête
baissée, recroquevillée dans les bras de sa grande sœur, ses yeux sombres
larmoyants, Joséphine pleurait en silence et ne disait plus un mot depuis
qu’elle était sortie de chez le médecin. Sa tête bien brune appuyée contre
celle de sa sœur Marie dont la blondeur des cheveux vénitiens et les yeux bleu
clair créaient un contraste tel qu’on eut pu deviner qu’elles furent sœurs.
Marie était d’une beauté saisissante tant que depuis sa naissance des rumeurs
courraient sur la paternité de cette enfant, née au milieu d’une fraternité qui
ne lui ressemblait en rien. Même ses manières étaient plus appréciées.
La
mère tourna la tête vers ses enfants avec son air habituel de supplier de ses
yeux un ordre non dû et non advenu qui calmerait les humeurs de son mari
colérique. La famille fonctionnait comme ça, Jean hurlait, frappait, cognait,
faisait valdinguer sans cesse et sans arrêt, et il fallait que tous marchent
sur la pointe des pieds. Rien ne devait lui déplaire.
De
manière générale, tous s’y conformaient sauf Joséphine. La petite dernière
connaissait son statut de cadette, et profitait de sa stature comme une enfant
princesse… jusque ce jour.
C’était
le jour de ses sept ans.
DOUCOURÉ Fatoumata - tous droits réservés.

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